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Thierry-Maxime Loriot : On ne voit bien qu’avec le cœur

Le 3 juin 2019, le magazine Vogue consacrait un article à Thierry-Maxime Loriot, génial créateur du monde de la mode né à Québec en 1976. La journaliste Suzy Menkes le désigne comme étant « Canada’s museum magician ». Elle ne tarit pas d'éloges pour son exposition sur l'œuvre de Jean Pau Gauthier, vue par plus de deux millions de personnes. Si je vous dis ça dès le départ, c'est pour que vous mesuriez toute l'importance de l'homme que j'ai en face de moi, en Zoom.

Je lui demande comment il va. Il me répond « bien » et me retourne la question. Je lui dis que j’ai un petit problème avec l’un de mes yeux. Rien de grave. Il sourit et réplique qu’il connaît ça, les problèmes aux yeux. Et c’est là que j’apprends un fait fascinant sur cet ancien mannequin devenu directeur artistique convoité. Il est né amblyope : il ne voit qu’en deux dimensions. Étonnant pour un homme qui transcende les images. Il faut dire que tout chez lui est étonnant.

Rufus Wainwright, All These Poses World Tour, 2019
Roche Bobois
Browns Shoes
Exposition de Peter Lindbergh, A Different Vision on Fashion Photography, Turin, Italie, 2017

Au tournant de la vingtaine, il étudie en architecture, fortement encouragé par ses parents avocats en droit international, qui croient en la valeur des longues études. Un soir, dans un évènement mondain de la capitale nationale, il croise la journaliste de La Presse Marie-Christine Allard, qui lui dit : « Tu devrais faire mannequin ! » Mannequin ? Il n’a jamais pensé à ça. Pour Thierry-Maxime, un mannequin est quelqu’un qui pose pour le catalogue Sears. Il s’essaie tout de même. Il se présente à l’agence Giovanni. On lui dit d’oublier ça. Il se présente à l’agence Montage. On trouve sa bouille intéressante. On fait quatre polaroids de lui. Et on va le rappeler. Ils disent tous ça…

On le rappelle pourtant le lendemain. Montage a transmis par télécopie ses quatre photos à une agence de Paris. L’agence parisienne veut le voir le plus tôt possible, peut-il partir le soir même ? Thierry-Maxime en parle avec son copain. Pourquoi pas ? Comme il se cherche un travail d’été, mannequin à Paris, ça devrait faire l’affaire. Il est en France le lendemain. On lui dit d’aller à un studio pour rencontrer un photographe. Celui-ci lui demande depuis combien de temps est-il mannequin; Loriot lui répond : « Depuis quinze minutes. »

Loriot et Rufus Wainwright, All These Poses World tour, Amsterdam, 2019
NanaWall
Bui Optométriste
Ofélia
Roche Bobois
Exposition Thierry Mugler : Couturissime, Musée des beaux-arts de Montréal, 2019

Puis il retourne à son agence. Une dame dans tous ses états l’apostrophe : « Sais-tu qui tu viens de rencontrer ? C’est Mario Testino, l’un des plus grands photographes du monde. Il vient de te booker pour sa campagne Burberry avec Kate Moss. Tu dois partir pour Londres immédiatement ! » Et c’est ainsi que la carrière internationale de Thierry-Maxime Loriot démarre. De parfait inconnu à mégastar en quinze minutes.

Il pose aujourd’hui pour les plus prestigieuses campagnes, avec les plus grands photographes. La jet-set, quoi. Ses parents craignent de le voir tomber dans l’enfer de la drogue. C’est tout le contraire. Il passe ses temps libres à visiter les plus beaux musées de la planète. Il prépare son après-carrière en faisant un bac en histoire de l’art à l’Université de Montréal.

Un soir, il accompagne une amie au vernissage de l’exposition Yves Saint Laurent, présentée par le Musée des beaux-arts de Montréal. Et c’est là que la magie Loriot opère encore. Il rencontre Nathalie Bondil, jadis directrice générale du MBAM. Elle lui propose de faire un stage au Musée. Il le fait entre deux contrats comme mannequin. Un jour, la conservatrice lui propose d’assister la directrice artistique française Emma Lavigne pour l’exposition célébrant les 40 ans du bed-in de John Lennon et Yoko Ono. Il accepte. Son implication est remarquée, à tel point qu’il prend ensuite les commandes de l’exposition sur l’oeuvre de Jean Paul Gaultier, présentée à Montréal. C’est le triomphe ! Son nom fait le tour du monde. Les projets s’enchaînent. Il est le commissaire des expositions et auteur de livres d’art de Thierry Mugler Couturissime, Viktor & Rolf : Fashion Artists et Peter Lindbergh : A Different Vision on Fashion Photography, Philipp Fürhofer (Dis)illusions, et trois livres de Jean Paul Gaultier. Il réalise la direction artistique de la tournée mondiale de Rufus Wainwright, All These Poses. Et il collabore avec Madonna.

Exposition Viktor&Rolf Fashion Artists, National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie, 2016
Loriot avec Tina Turner, Peter Lindbergh, les mannequins Nadja Auermann, Tatjana Patitz, Karen Alexander, Lara Stone, Elisa Hupkes, Cosima Auermann, Juliane d’Ys, Emily Ansenk, directrice du Kunsthal Rotterdam, et le maire de Rotterdam, 2016

Un conte de fée, la vie de Thierry-Maxime ? Oui. Jusqu’en 2016, l’année de ses 40 ans. Au retour d’un très long vol, il ne se sent pas bien. Le lendemain, il se présente enfin à l’hôpital. Il était moins une. Il a fait une crise cardiaque. Diagnostic : myocardite, inflammation du muscle cardiaque causée par une infection virale. Il risque d’y passer. Une seule façon de s’en sortir dans son cas : le temps. Il reste immobile durant des semaines. Puis, trois mois plus tard, on lui dit que le pire est évité. Ce sera une longue convalescence. Son coeur repart à zéro. Lui qui courait des marathons est épuisé après une simple marche avec son chien. Aujourd’hui, il a repris sa forme physique d’antan. Et sa forme artistique ne l’a jamais quitté. Il prépare une nouvelle exposition avec Jean Paul Gaultier, qui sera présentée au Pavillon de la France lors de la prochaine exposition universelle de Dubaï en 2021. Un petit gars de Québec représentant la France. Un autre tour de magie !

Sa vie a commencé avec une malformation aux yeux. Elle a recommencé avec une infection au coeur. Les yeux et le coeur. Ça résume bien Thierry-Maxime Loriot. On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux. Il est le petit prince de la mode. C’est pour ça que son travail nous touche autant.

En terminant, je lui demande quel a été son plus grand mentor. Je pense qu’il va me répondre Gaultier, Mügler ou l’une des grandes légendes l’ayant pris sous son aile. Il me répond : « Mon chum. C’est lui qui m’a donné confiance en moi. »

Le coeur avant les yeux.

Thierry-Maxime Loriot par Max Abadian, 2018

Thierry-Maxime Loriot est l’auteur de ces livres :

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