Hologramme : Seul et heureux

Autoportrait du compositeur, réalisateur et producteur Clément Leduc, alias Hologramme.

J’ai souvent eu l’impression que ma vie était déjà écrite. Comme si l’instinct qui me guidait était déjà gravé à l’intérieur, quelque part. Comme si derrière la lentille de mes yeux, j’étais le réalisateur de mon propre film. J’en lis le scénario et je tourne les pages. Par moments, je saute des chapitres, je reviens en arrière, mais le récit finit toujours par reprendre son cours.

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J’avais cinq ans lorsque ma mère m’a initié au piano classique. J’ai tout de suite su ce que je voulais faire plus tard. Aucune autre corde à mon arc. J’ai été un enfant spécial qui tirait ses flèches dans toutes les directions. Sans trop savoir comment faire ni où aller, je suis devenu un artiste. D’ailleurs, devient-on vraiment un artiste? Je pense simplement que l’on apprend à puiser dans ce que l’on possède de plus précieux. Pour moi, ça a toujours été la solitude. Pas que je n’aie jamais su bien m’entourer ou entretenir des relations; c’est plutôt que ma sensibilité résidait dans cette zone. Comme une forteresse, je m’y suis souvent réfugié lorsqu’on me marginalisait à l’école. Malgré tout, c’est dans cet isolement que s’est façonné le créateur que je suis aujourd’hui.

Mon premier album, Felicity, a été le résultat d’un mois de création à Berlin, dans une
ville qui m’était totalement étrangère. Traversée par les tramways jaunes, cette ville aux longues nuits et aux jours furtifs m’a plongé dans un nouvel état créatif nourri par l’inconnu, l’inconfort, la découverte et le désir. A suivi ma découverte de la vulnérabilité avec la pièce Alaska, et tout récemment, l’exploration de la résilience, du deuil et de l’humilité avec CIEL. Ce dernier album est encore plus personnel, car je l’ai composé à Léry, dans la magnifique maison de mon grand-père Philippe, juste après sa mort.

Si mes albums ont un thème, c’est parce que la musique est visuelle pour moi. Chacun se fait son propre film en écoutant mes disques, et c’est là que réside la beauté de la musique instrumentale. Je travaille actuellement à la création d’un album qui marque pour moi un retour à un son plus minimaliste et dansant. Ces deux dernières années, je me suis souvent retrouvé derrière les platines, ce qui me laisse sous l’impression que le plancher de danse a laissé des traces. Avec ce nouveau disque, j’ai l’intention de m’exporter d’avantage et de tisser des liens avec de nouveaux collaborateurs.

Comme réalisateur de mon propre film, j’ai souvent envie de regarder ce qui s’en vient dans le prochain chapitre, mais on me dit que ça porte malchance. Je fais confiance au script; je garde mon visage tourné vers le soleil, les yeux clos, le sourire béat. On parle souvent de destin, de chance, de hasard, de fatalité; je m’en fous. Je vieillis, mais mon désir de créer me donne envie de rester jeune. J’en ai fait le choix. Je veux créer davantage, donner ce que j’ai de plus précieux. C’est pour ça que je suis ici avec ces quelque huit milliards d’âmes. Je ne suis pas si seul finalement.

hologramme.mu

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