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Louis Lemay : un architecte visionnaire

Ski Daniel Lachance

Titre original : Louis Lemay

Rêver le monde de demain

Par un vendredi matin ensoleillé d’automne, nous avons eu le privilège d’être invités à rencontrer Louis Lemay au siège social du cabinet d’architecture Lemay. Le bâtiment en question, qui porte le nom d’un oiseau légendaire (Le Phénix), est situé dans le quartier sud-ouest, un secteur en pleine mutation ou, pour faire référence à l’oiseau extraordinaire, un coin de la ville qui renaît littéralement de ses cendres depuis une dizaine d’années.

Nous avons donc fait la connaissance de cet homme qui possède une vision holistique du monde qui l’entoure, une passion pour la nature, qu’il considère comme la création la plus parfaite et de laquelle il s’inspire au quotidien. C’est cette dernière qui lui a inspiré l’approche novatrice du « net positif », qui s’articule autour de trois axes (santé, environnement et carbone) et qui tend à créer des environnements sains pour les humains, respectueux de ce qui les entoure et sans émission – ou le moins possible – de carbone. D’ailleurs, Le Phénix est construit sur ce modèle.

C’est aussi un passionné de ses semblables tant au plan ethnologique que sociologique. . Après tout, son métier est de réaliser des structures afin qu’ils s’épanouissent au maximum sans avoir à « subir » le monde dans lequel ils évoluent. C’est aussi un passionné de technologie qui s’efforce d’intégrer les plus récentes percées au sein de son entreprise. Il mentionne même que d’ici cinq ou six ans, Lemay ne sera plus une firme d’architectes mais une entreprise de haute technologie. Plongeons donc dans l’univers de cet homme à l’approche révolutionnaire.

Dès son plus jeune âge, l’école est pour lui un milieu sans repères. Il tente donc de s’en évader pour s’adonner au dessin, sa première passion. Quelles que soient les matières qu’on lui propose, il n’arrive pas à s’y intéresser, son esprit ne cherchant qu’à fuir dans un univers à ses yeux plus captivant. À la fin de ses études collégiales, malgré son attrait pour la profession de son père, le jeune Louis n’a pas les notes requises pour s’inscrire en architecture à l’université. Il opte donc pour l’ingénierie à l’Université McGill puisque le programme n’est pas contingenté. Tous peuvent y entrer et seuls ceux qui obtiendront de bonnes notes poursuivront l’aventure. Après deux ans de travail acharné, il finit par être accepté en architecture à l’Université Laval.

    Ski Daniel Lachance

C’est sans aucun doute le moment le plus déterminant de sa jeune vie. Pour la première fois, il se se sent à sa place. Le changement est radical : celui qui était considéré comme un cancre devient un premier de classe. Comme le phénix qui renaît de ses cendres, Louis se sent pleinement exister; il a enfin trouvé sa voie.

Cela dit, s’il a trouvé sa voie, il n’a pas encore trouvé sa voix, son style. D’ailleurs, quand il aborde le sujet, il mentionne avec beaucoup d’humilité que les grands architectes – ceux dont le nom est reconnu et dont les réalisations deviennent des références – trouvent souvent leur style propre très tardivement et livrent leurs réalisations les plus achevées passé 80 ans… Il mentionne le cas de Frank Lloyd Wright, qui a légué l’une de ses oeuvres les plus accomplies à l’âge de 90 ans : le musée Solomon R. Guggenheim, à New York.

Un architecte qui désire développer une identité forte doit au préalable maîtriser une foule de domaines tels la sociologie et l’anthropologie – afin de proposer des créations qui feront oeuvre utile – ainsi que la construction, puisqu’il faut penser en amont aux techniques et aux matériaux disponibles.

Louis se joint donc au cabinet Lemay, que son père a fondé en 1957. Rapidement, il se rend compte que les projets sur lesquels travaillent ce dernier et ses associés ne sont pas dans ses cordes; ils sont trop « carrés », trop conventionnels. Même si son père lui laisse toute la latitude pour exprimer sa vision et son talent, il ne trouve pas preneur pour ses propositions. Loin de se démonter, il se voit offrir une opportunité de travailler avec Arthur Erikson à Vancouver. Pour lui, Erikson est une légende vivante; il affirme même qu’il est le meilleur architecte canadien… Par la suite, il est amené à collaborer au projet d’agrandissement du Musée des beaux-arts de Montréal, sous la férule de Moshe Safdie, le créateur d’Habitat 67. Il passera les deux années suivantes sous sa supervision, à Boston.

À son retour au bercail, Louis Lemay n’est plus le même. Il a gagné en confiance et en expérience, et possède désormais une vision qu’il s’efforcera de transposer en réalisations avec le soutien indéfectible de son père. Passionné par le monde, la technologie et l’humain, il créera dans les années suivantes une firme qui correspond parfaitement à sa définition du rôle d’un architecte : celui qui crée de l’harmonie dans un monde au service de la collectivité. Il lui est impératif de comprendre comment les gens habitent l’espace afin de concevoir des structures qui leur permettent de s’y sentir heureux.

Afin de matérialiser la vision qu’il a de son entreprise et de l’architecture en général, Louis Lemay implante progressivement la transdisciplinarité au sein de celle-ci. Quoique toute simple, cette idée propulsera la firme vers des sommets jusqu’alors inatteignables. En implantant cette philosophie, il permet à celle-ci de se distinguer en offrant aux clients une approche à la « one stop shop » où ils peuvent désormais profiter de l’expertise combinée d’une foule de spécialistes qui livrent le meilleur projet possible en tenant compte de tous ces aspects. Cette approche, combinée avec la certification « net positive », fait sans l’ombre d’un doute de Lemay l’une des firmes d’architecture les plus respectées et les plus novatrices. Gageons que l’approche de Lemay fera des petits dans les années qui viennent. Grâce à cette vision décidément ancrée dans la réalité sociale, environnementale et financière, Lemay se positionne plus que jamais comme un modèle à suivre.

lemay.com

Louis Lemay – e-mag

Ofelia