Karine Martin : L’âme créative

Élevée dans une famille artistique influente, confrontée très jeune à la tragédie, Karine Martin a su canaliser son énergie pour devenir plus forte, plus brave, meilleure. Des années ont passé avant qu’elle ne renoue avec sa passion première, centrée autour de l’art et du processus créatif. Une passion qui l’alimente encore aujourd’hui.

Pour que tout à coup la porte qu’elle croyait à jamais fermée s’ouvre sur un monde en lien avec le coeur et l’âme, il a fallu que Karine Martin parie gros et fasse preuve de courage. Fille de deux artistes, un père producteur de disques et une mère chanteuse, elle a vécu ses premières années dans un environnement qu’elle décrit comme riche en couleurs. « La mort subite de mon père, qui s’est enlevé la vie alors que j’avais neuf ans, m’a appris les valeurs de base, l’importance de la famille, de se tenir dans les moments difficiles. » La résilience de sa mère qui, devenue veuve, a démarré sa propre entreprise, lui a démontré qu’il y a toujours une solution, une issue. « Ma mère s’est assurée que nous n’aurions rien à voir avec l’art », mentionne-t-elle. L’art, si présent durant son enfance, s’est soudainement mué en bête noire qu’il ne fallait plus approcher. Karine Martin est devenue juriste et a travaillé en droit de la faillite et de l’insolvabilité pour un grand cabinet d’avocats montréalais. « J’avais la mort dans l’âme. C’était très loin de mes passions, de ce que je voulais vivre. »

Femme de tête, d’esprit et de coeur, Karine Martin reste à l’écoute des créateurs.
Sotheby's
M2 Boutiques
De gauche à droite : Jorie Zamost, Karine Martin, Jean-François Doray et Danny Zamost, producteur et partenaire de Starlings Entertainment, lors de l’avant-première de Rocketman à Londres en 2019.

Soudain, tout s’enchaîne. La découverte que le droit peut être lié au monde des arts, une rencontre fortuite avec Claude Chamberland qui, le temps d’un pad thaï, se transforme en mentor en lui conseillant de changer d’emploi, l’embauche chez Allegro Films… La carrière de Karine Martin prend soudain un tournant qui convient mieux à son tempérament. Sa rencontre avec celui qui deviendra son conjoint, son complice, son associé, Jean-François Doray, sera déterminante. Karine Martin veut plus, toujours plus, et elle l’aura. Grand départ pour Los Angeles où elle travaille pour une firme germano-américaine avant un retour précipité à Montréal après les événements de septembre 2001. Il y aura la fondation de Mediabiz avec son conjoint, une firme qui prendra lentement de l’expansion pour devenir incontournable, aussi bien ici qu’à l’international. « Nous avons maintenant un minigroupe média basé ici, à Montréal, et à Los Angeles. Nous sommes passés de consultants à producteurs et à financiers, et nous levons nos propres fonds. »

À la source de sa réussite? Sa passion pour les artistes. « Je suis fascinée autant par le violoniste qu’on retrouve sur un coin de rue que par Christopher Nolan. Je suis passionnée par le processus de création, par ces artistes qui passent des heures, des mois, des années à creuser une histoire, à produire un son ou une musique et qui réussissent à nous émouvoir. » En côtoyant encore toute jeune de nombreux artistes, Karine Martin a su développer un sens de l’écoute peu commun, qui la sert lors de ses nombreuses collaborations à titre de productrice. « J’ai un profond respect pour ces personnes qui livrent une oeuvre. Je comprends la douleur qui y est associée, le sentiment d’accomplissement une fois l’oeuvre livrée et la déception quand, malgré tout le travail, le public ne la comprend pas. » Quand elle parle de cinéma, ce n’est pas tant le succès retentissant d’un film qu’elle retient, mais la longue file d’artistes qui mènent à sa réalisation. « Le cinéma me fascine encore plus, parce que c’est une course à relais. Écrire un livre ou un scénario est déjà un processus complet. Un scénario se retrouve entre les mains d’un producteur qui va aller chercher d’autres artistes pour le porter à l’écran. C’est l’ensemble de tout ce travail qui fait en sorte que lorsqu’on le regarde, on est ému, non seulement par le scénario ou par les mouvements de caméra, mais aussi par la musique, les sons, le choix des décors, des costumes. »

Karine Martin a été l’une des dix lauréates honorées lors du Gala des femmes d’affaires du Québec en 2017.
Molteni & C
Galerie Beauchamp
Roche Bobois
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Karine Martin et Jean-François Doray lors de l’avant-première du film Rocketman à Londres en 2019.

Le processus créatif et la création sont fragiles et souvent soumis aux diktats de l’époque. Un moment trop tôt ou trop tard, et le rendez-vous peut être manqué. Alors que certains messages vont émouvoir et rallier tous les suffrages à un moment précis, d’autres sont trop avant-gardistes. Quand l’oeuvre crée un mouvement, suscite des conversations et des questionnements, touche plusieurs personnes pour les mêmes raisons, l’art atteint son but. « J’ai reçu le scénario de Rocketman il y a sept ans et j’ai été émue. Mais personne n’acceptait de le distribuer, il n’y avait pas d’appétit pour entendre cette histoire. » Sept ans plus tard, le film a trouvé son public.

Il n’est pas facile de vivre de sa passion, surtout quand elle est intimement liée à son travail, mais Karine Martin est la preuve vivante qu’il est possible de le faire. « Il ne faut pas avoir peur de l’échec. Si la réussite est importante, l’échec aussi. Il faut savoir en tirer le positif. Il faut apprendre à le gérer, apprendre à se relever, ne pas trop se soucier du regard des autres. Chaque fois que j’autorise un film, une série, c’est une bataille. Il faut convaincre les partenaires privés. Il faut prendre le risque. Il y a eu des échecs, mais aussi plusieurs succès. »

Je suis passionnée par le processus de création, par ces artistes qui passent des heures, des mois, des années à creuser une histoire, à produire un son ou une musique et qui réussissent à nous émouvoir.

Karine Martin

Quelques productions auxquelles Karine Martin a participé

L’année 2020 a permis à Karine Martin de prendre un certain recul. L’impossibilité de voyager lui a permis de passer des moments privilégiés avec sa famille à Montréal. « La pandémie m’a permis de trouver un équilibre que je n’avais pas nécessairement avant. » Avoir un horaire stable, promener son chien, consacrer de précieuses minutes à ses enfants, notamment en aidant quotidiennement sa fille Clara à faire ses devoirs. Cela dit, Karine Martin ne pouvait se contenter de ce bonheur tranquille bien que la famille soit sa passion numéro un. « Nous avons décidé de grossir, d’ouvrir d’autres divisions, de prendre de l’expansion dans le domaine de la techno. » Elle a engagé des gens pour l’aider et reprendra bientôt l’avion pour Los Angeles, épicentre de son travail. Sa famille la suivra cette fois là où sa passion la guide. « Dans un monde idéal, nous passerions quatre mois à Los Angeles et huit mois à Montréal. Un mois pour chacune des saisons, et on trouvera une façon de s’adapter. » Qui sait, avec la volonté qui l’habite, elle y parviendra peut-être.  

mediabizinternational.com

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