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Le savoir faire d’Anne Fontaine

Shen Yun

ANNE FONTAINE MISE DEPUIS SES DÉBUTS SUR LE TALENT, LA CONTINUITÉ ET LE SAVOIR-FAIRE. ON CROYAIT CES MOTS OUBLIÉS, MAIS ILS REVIVENT DANS TOUTES LES FIBRES DES CRÉATIONS DE CETTE GRANDE MAISON DE COUTURE FRANÇAISE.

L’histoire de la maison Anne Fontaine est intimement liée à celle de la jeune Brésilienne Anne Fontaine et aux méandres qui ont transformé sa vie pour la propulser à l’avant-scène du monde du prêt-à-porter. Rien ne semblait prédestiner cette biologiste de formation au monde de la mode; le hasard, les rencontres et
certaines aptitudes héritées de l’enfance allaient changer les choses. « Je dis toujours qu’Anne Fontaine est une histoire d’amour », explique la designer et
femme d’affaires.

Elle a 22 ans et vient de troquer la forêt amazonienne pour la jungle parisienne. C’est alors qu’elle fait la connaissance d’Ari Zlotkin, son futur mari, qui travaille dans l’entreprise familiale spécialisée en confection. Coup de foudre. Nous sommes en 1993 et l’industrie de la couture française connaît des heures sombres. La production acheminée à l’étranger entraîne la disparition de corps de métiers, et l’entreprise familiale des Zlotkin éprouve des difficultés. Anne cherche des solutions. « Je trouvais important de garder un savoir-faire français. Cette petite unité de production représentait pour moi quelque chose de fondamental. Ma belle-mère avait gardé dans son grenier une énorme boîte avec des chemises, que des modèles blancs. C’est ce qui m’a donné l’idée de la chemise blanche, aussi nécessaire dans la garde-robe féminine que dans celle des hommes. » L’idée est simple, mais audacieuse, à une époque où les couleurs
franches et les motifs dominent. Si la première collection est vendue, encore faut-il poursuivre en ouvrant une boutique avec pignon sur rue. « On démarrait, personne ne voulait nous aider, sauf une femme dans une banque qui a cru en nous. On a ouvert rue des Saints-Pères une boutique de 24 mètres carrés, un
petit écrin simplement avec les chemises blanches. » Plusieurs personnes prédisaient une fin hâtive pour Anne Fontaine. « On nous donnait à peine trois
ans… Nous sommes là depuis 25 ans. » Aujourd’hui encore, le nom d’Anne Fontaine est associé au blanc; pourtant, la créatrice a su diversifier sa palette et propose des chemises de toutes les couleurs ainsi que des accessoires, des bijoux et des tenues pour les croisières. Plus besoin de chercher, Anne Fontaine peut habiller la femme de la tête au pieds, du sac à main jusqu’à la chaussure.

    Fairmont

D’où lui vient ce talent pour la confection, son inspiration et ce désir d’inscrire son entreprise dans la continuité ? « J’ai toujours eu deux grandes passions : l’une pour la mode et l’autre pour la nature. À 10 ans, j’ai fait ma première robe pour le mariage de ma cousine. Maman m’en avait offert une, mais elle était affreuse. J’ai tout décousu, j’ai fait des fleurs… une petite robe de princesse comme j’aimais. À l’époque, je pensais que la mode était inutile », avoue-t-elle. Préoccupée par la conservation de notre planète, elle fait des études en biologie, vit avec les tribus isolées de la forêt amazonienne, s’investit dans sa formation scientifique. Le hasard d’une rencontre lui fera choisir la mode, mais la nature demeurera une source d’inspiration et de préoccupation. Celle qui reproduit des insectes sur ses boutons de manchette et n’utilise que du papier recyclé pour dessiner ses modèles dirige aussi une fondation où l’art et la mode jouent un rôle dans la conscientisation à l’environnement. « À l’interne, c’est surtout un travail d’éducation. Nous demandons à nos équipes de garder les enveloppes de plastique pour les recycler, et je cherche à réduire le packaging. J’ai aussi créé le Forest Day. Une fois l’an, 50 % des ventes de nos boutiques sont récupérées pour servir au reboisement. Nous avons aussi développé un programme pilote avec une école de New York pour qu’elle devienne verte. » Anne Fontaine souhaite que l’industrie de la mode soit aussi plus axée sur le développement durable. « J’ai quelques gammes qui sont en coton organique et en tissus recyclés, mais ce n’est pas 100 % de mes produits. Il faut que les fournisseurs nous donnent plus de choix, qu’ils évoluent. L’industrie de la mode a beaucoup à faire pour que l’on puisse parler d’une mode durable. C’est un processus à mettre en place qui demande du temps. » Pour Anne Fontaine, le besoin d’inscrire son entreprise dans la continuité ne se limite pas au développement durable. Elle compte aussi sur des liens quasi familiaux et organiques avec ses employés ainsi que sur ses méthodes de gestion. « Dans notre entreprise, nous sommes une majorité de femmes. Quand les employées ont des enfants, on les félicite, on leur donne un cadeau, on les motive, on organise des fêtes de fin d’année. Pour moi, c’est un bonheur. Je pense que mon entreprise est aussi ma famille. Nos ateliers sont à Honfleur, nous habitons à la campagne et les gens qui ont quitté Paris n’avaient plus les avantages de la capitale. J’offre des cours d’anglais aux enfants. Notre
entreprise a une dimension internationale, 65 boutiques à travers le monde; je connais toutes les responsables des boutiques. Mon style de gestion est complètement différent de ce qu’on trouve dans les grandes entreprises. Je ne peux pas exister si je n’ai pas mes collaborateurs, mes fournisseurs. II faut que
notre relation soit gagnant-gagnant, sinon cela devient stérile et s’arrête. Il faut continuer à évoluer ensemble. »

Quand on demande à Anne Fontaine ce qu’est le luxe aujourd’hui, sa réponse nous entraîne loin du mercantilisme et plus près d’une philosophie de vie. « Le luxe, c’est le savoir-faire des artisans, les racines, la tradition, l’histoire qu’un produit raconte. » Une réponse inspirée et inspirante de la part de cette femme qui a fait de sa maison une histoire de famille.


annefontaine.fr et eurostylefashion.com
Anne Fontaine – Le savoir faire – e-mag

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