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Lucas Beaufort – Une rencontre à la fois

Laval Jaguar Range Rover

Artiste issu de la culture skate, Lucas Beaufort prend Montréal d’assaut dans un blitz de création de dix-sept jours top chrono, dans le cadre d’une résidence d’artiste offerte par Yves Laroche Galerie d’art. C’est au neuvième étage d’un immeuble du quartier de Westmount que Mixte Magazine s’est entretenu avec l’artiste. Phénomène Instagram avec plus de 65 000 abonnés, il incarne cette nouvelle génération d’artistes qui créent eux-mêmes leur carrière et leurs opportunités à l’écart des canaux de diffusion traditionnels.

Originaire de Cannes, Lucas a grandi entouré d’art. Son père est collectionneur et sa mère, peintre. Ce sont des tableaux s’apparentant au fauvisme que l’on retrouve dans la maison familiale. Ceci n’est pas anodin, puisque le fauvisme, dans l’histoire de l’art, marque le début de la libération de la couleur. À travers sa collection, son père lui enseigne « qu’en art, on peut tout se permettre ». Voilà qui tombe bien, puisque représenter la réalité ne l’a jamais intéressé.

Sa véritable passion, c’est la planche : « Je suis un fan de skateboard », dira-t-il à plusieurs reprises. La planche n’est pas seulement un objet, elle est un médium à part entière sur lequel il peut s’exprimer : « Le skate, c’est une oeuvre en mouvement. » Inspiré par les dessins réalisés sous ses planches, son art tient d’un mélange entre les primitifs français et Keith Haring. Il mentionne aussi l’initiateur de la figuration libre, Robert Combas, parmi ses influences.

Encore peu connu du grand public, Lucas Beaufort est un artiste incontournable dans l’univers de la culture skate. Ce n’est pas étonnant puisqu’il s’est fait un nom à travers le projet Re-Covers, qui consiste à réinterpréter des couvertures de magazines célébrant ce sport – qui arborent en général la photo d’un planchiste en pleine action – en y ajoutant des créatures colorées qui s’insèrent parfaitement dans la composition de l’image. Au total, le projet Re-Covers comptera plus de 1500 couvertures.

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Signe indiscutable de sa renommée : en dix ans à peine, il a déjà collaboré avec une quarantaine de marques parmi lesquelles Pernod, Vans, Converse, Asos et W Hotels. Cette esthétique, qui emprunte à la fois au design et à l’illustration, est très présente au sein de cette culture. Elle a de quoi séduire les compagnies qui souhaitent rejoindre une clientèle plus jeune, accessible surtout via les médias sociaux. L’art de Lucas et sa notoriété s’inscrivent tout à fait dans cette mouvance; c’est pour cette raison qu’il rejoint aussi des collectionneurs qui ne gravitent pas autour du milieu de la planche, et que des médias conventionnels diffusent également ses oeuvres.

Impatient de nature, Lucas a des visées entrepreneuriales dès le début de sa carrière. Il crée ses propres opportunités et choisit lui-même les artistes avec qui il souhaite collaborer. En 2014, il met sur pied The LB Project, une exposition itinérante qui réunit une trentaine d’artistes du milieu et qui amasse des fonds pour des ONG comme Skateistan, une organisation qui vient en aide aux jeunes provenant de milieux socioéconomiques précaires. L’opération est un succès dès la première édition. Contre toute attente, l’exposition durera une année complète et voyagera dans cinq villes d’Europe, ce qui amènera une deuxième édition l’année suivante, cette fois à travers six villes des États-Unis. Toujours en évolution, la dernière itération a pris la forme d’un documentaire, Devoted, une suite d’entretiens avec des artistes issus de la culture skate aux États-Unis. Un road trip complètement fou qui a permis à Lucas de rencontrer ses idoles. Il en garde un souvenir si profondément émouvant qu’il ne souhaite qu’une chose : récidiver.

Lorsqu’on rencontre cet artiste généreux, on ne peut que remarquer sa propension à l’échange, au dialogue. « L’art est une excuse pour rencontrer des gens », dit-il humblement. On retrouve ce trait de caractère dans ses compositions, où les personnages sont tous plus ou moins reliés les uns aux autres. Dernièrement, les créatures du début de sa carrière se sont simplifiées. À travers une palette minimale de couleurs et une utilisation prédominante du noir et du blanc, il recouvre uniformément la surface de son support de petits personnages, où les lignes s’entrecroisent dans un style naïf et épuré. Son obsession, c’est l’équilibre.

Pour lui, l’art est prétexte tant aux rencontres humaines qu’aux voyages à travers le monde, comme en témoignent ses réalisations, qui couvrent près d’une douzaine de pays différents. L’art de ce globe-trotter lui permet de laisser sa marque dans les endroits qu’il a visités. C’est ainsi qu’il sera de nouveau à Montréal en septembre prochain pour inaugurer ce projet pour lequel il séjourne ici. Il est actuellement représenté à Montréal par Yves Laroche Galerie d’art.

Des projets futurs pour Lucas Beaufort ? Visiter trois pays le mois prochain, préparer un autre projet de documentaire et faire de nouvelles rencontres. Bon voyage !


yveslaroche.com
Lucas Beaufort – Une rencontre à la fois – e-mag

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