Jaguar a toujours occupé la pole position, aussi bien auprès des amateurs de carrosseries stylées que des mordus de performance. Histoire d’une marque qui a toujours su marier raffinement, technologie et sensations sur bitume.


Quand en 1922, le Britannique William Lyons fonde avec William Walmsley la Swallow Sidecar Company, qui se spécialise dans la construction de nacelles latérales (side-cars) pour les motos et les carrosseries de voiture, le tout jeune entrepreneur entrevoit déjà la place qu’occupera l’automobile dans les années à venir. L’entreprise change rapidement de nom pour devenir la SS Cars Limited et concentre ses efforts sur la construction de voitures offrant un bon rapport qualité-prix, comme la SS1, qui connaîtra immédiatement le succès auprès des acheteurs britanniques. En 1935, la berline Jaguar fait son apparition et donnera son nom à l’entreprise. William Lyons soigne déjà l’image de ses voitures et ne néglige rien pour que celles-ci frappent l’imagination aussi bien par leur look que par leur mécanique et leur prix. La Jaguar en versions deux et quatre portes fait rapidement sensation.
Bien que l’entreprise parvienne à tirer son épingle du jeu durant les années 1930, les signes avant-coureurs d’un long conflit se font déjà sentir jusqu’à ce que la Grande-Bretagne déclare l’état de guerre en septembre 1939. Pendant six ans, William Lyons récolte de nombreux contrats pour son usine de Coventry, en Angleterre, qui, reconnue pour son expertise, fabrique des véhicules pour l’armée. Ces années de guerre auraient pu marquer un temps d’arrêt pour le fabricant; elles annonceront plutôt un tournant en lui permettant de mettre au point son moteur six cylindres en ligne à double came de 3,5 litres et de développer le modèle XK120. Avec une vitesse de pointe de 214 km/h, cette voiture de sport deux places, présentée pour la première fois au London Motor Show de 1948, sera reconnue à cette époque comme la voiture de série la plus rapide au monde. Ce dévoilement permet aussi au fabricant d’imposer le nom Jaguar que l’entreprise a adopté depuis la fin de la Seconde Guerre en 1945, et de révéler au même moment le logo du félin bondissant, qui deviendra emblématique.


La réputation de Jaguar grandissant, les modèles comme la Mark VII, conçue pour le marché américain, se succèdent, de même que les avancées technologiques. En 1951, l’entreprise conçoit le modèle C, 25 % plus léger que la XK120. En 1953, c’est au tour des freins à être revus : en collaboration avec Dunlop, Jaguar produira les premiers freins à disque. L’année 1954 verra l’arrivée du modèle D et d’une des toutes premières carrosseries monocoques. C’est une période faste pour l’entreprise, qui démontre la supériorité de ses produits en prenant part à de grands événements sportifs comme les 24 Heures du Mans et en remportant les grands honneurs de cette course en 1951, 1953, 1955, 1956 et 1957. Jaguar, qui achète sa concurrente Daimler en 1960, soulèvera à nouveau l’enthousiasme des amateurs de voitures stylées et révolutionnera le monde automobile en 1961 avec son modèle XK-E aux lignes fuselées. Considérée comme la plus belle voiture au monde, elle séduira aussi bien la presse que les amateurs de vitesse. L’entreprise continuera sur sa lancée avec la berline XJ (1968) – un modèle toujours en production de nos jours – qui allie confort, luxe et modernité et que Jaguar choisira de privilégier dans les années 1970. En 1972, William Lyons se retire en pleine gloire et confie les rênes de Jaguar à Lofty England, dont le règne sera de courte durée. Lors des décennies suivantes, Jaguar changera souvent de mains, mais saura toujours garder son identité basée sur la ligne directrice que William Lyons avait imposée dès les débuts : le mariage parfait du style et de la technologie.
Après des années de restructuration, forte d’une gamme étendue de véhicules et d’un carnet de commandes bien rempli, l’entreprise amorcera le 21e siècle en effectuant un grand virage qui lui permet aujourd’hui de se démarquer de la concurrence et de saisir au passage le titre de Luxury Car of the Year avec sa série XJ en 2006 et 2011, le titre de World Car of the Year en 2017 avec son VUS F-PACE, puis de nouveau en 2019 avec son modèle électrique I-PACE.


L’entreprise britannique, qui propose toujours une gamme de berlines et de VUS, possède aujourd’hui deux grands sites de conception et d’ingénierie, trois usines de fabrication de véhicules, un centre de fabrication de moteurs et un centre d’assemblage de batteries au Royaume-Uni. Trois de ses sept pôles technologiques se trouvent là-bas avec des sites supplémentaires à Shannon en Irlande, à Portland en Oregon, à Budapest, en Hongrie, et à Shanghai, en Chine. La gamme actuelle comprend des véhicules entièrement électriques et des hybrides légers, ainsi que des voitures avec les moteurs à essence les plus récents et les plus performants. Avec sa stratégie Reimagine, nouvellement mise en place, Jaguar compte rendre tous ses véhicules disponibles en version purement électrique d’ici la fin de la décennie. Par ce nouveau virage, Jaguar s’affaire à devenir une entreprise carboneutre à travers sa chaîne d’approvisionnement, ses produits et ses opérations d’ici 2039.
Encore aujourd’hui, il est difficile de dissocier la marque Jaguar de son fondateur, William Lyons. Dès les débuts, ce dernier a su imposer une façon de faire qui combine technique et élégance, et par-dessus tout, créer un style reconnaissable entre tous. Tout en préparant l’avenir, l’entreprise sait ce qu’elle doit à son prestigieux passé. Ainsi, avec le programme Heritage, elle soutient les propriétaires de voitures anciennes et même réédite des modèles emblématiques comme la E-Type Lightweight de 1963, qui restent fidèles aux projets d’origine tout en bénéficiant des plus récentes avancées technologiques. Jaguar sait toujours bondir, s’adapter et innover sans perdre de sa superbe ni de sa pertinence. Sans conteste, l’avenir de l’automobile appartient au chat.


Photo de couverture : Des modèles d’avant 1966 réunis pour Jaguar Heritage Challenge Race Series.
