Cet article est présenté par Banque Nationale.
Début de l’échange. Je monte au service en lui demandant si elle accepte de faire l’entrevue en français, question de la faire jouer sur un terrain moins connu, aux rebondissements étonnants. Elle me retourne la balle avec enthousiasme. C’est oui. Bien sûr, elle pourra switcher, c’est le cas de le dire, à l’anglais, au besoin.
D’entrée de jeu, je suis fier de lui dire que j’étais là le 7 août 2025, au Stade IGA, à Montréal, lorsqu’elle a remporté l’Omnium Banque Nationale, en triomphant de la redoutable Naomi Osaka. Je lui confie que ça demeure l’un de mes plus beaux et vifs souvenirs de l’année 2025. Est-elle consciente de l’impact qu’ont ses exploits sur le monde, particulièrement sur les Canadiennes et les Canadiens?

Ses yeux se mettent à briller encore plus. Repenser à cette soirée l’émeut toujours. Quelques minutes avant d’entrer sur le court numéro un, elle se détendait dans l’arcade en jouant à des jeux vidéo, comme une ado. Puis elle a mis une chanson de Whitney Houston dans ses oreilles, prête à offrir the greatest love of all. (N’oublions pas que love est un terme de tennis.)
Dès le début de l’affrontement, elle a senti la foule derrière elle et ça lui a donné des ailes. Pour certaines, les encouragements ajoutent de la pression; pour Victoria, ça l’enlève. Le match terminé, elle ne réalise pas tout de suite l’ampleur de ce qu’elle vient d’accomplir. En coulisses, c’est le party, les organisateurs du tournoi l’attendent avec du champagne. Il se passe quelque chose de spécial. Mais c’est le lendemain que Victoria prend la mesure de son succès : son téléphone est plein! Plein de la fierté des siens. Vingt-quatre heures plus tard, elle rentre chez elle, à Burlington, en Ontario. La page est tournée, il y en a une autre à écrire. Victoria ne va pas s’arrêter là. Elle ne joue pas au tennis pour la gloire.
Elle ne joue pas au tennis pour l’argent. Elle joue au tennis parce que c’est sa vie depuis qu’elle a un peu plus de deux ans. C’est à cet âge qu’elle tient une raquette dans ses mains pour la première fois, au National Tennis Centre, à Toronto, là où s’entraînent sa soeur et ses deux frères. Ce seront ses premiers adversaires. Elle veut tellement les impressionner que très vite, la petite joue comme les grands. Elle apprend à abhorrer la défaite. C’est sa force. Tous ses coachs le disent. Victoria m’avoue : « C’est pas tant que j’aime gagner, c’est que j’haïs perdre! »
À 10 ans, elle se fixe un premier objectif : remporter un tournoi du Grand Chelem. Elle y croit. Cette volonté à toute épreuve fait partie de son ADN. Ses parents ont quitté le Congo pour offrir à leurs enfants une vie avec plus de possibilités. Ils se sont d’abord installés aux États-Unis, puis au Canada. Ses parents étaient prêts à tout pour améliorer leur sort. Victoria est prête à tout, elle aussi, pour aller jusqu’au bout de son talent. Quand je lui demande si, à travers tous ces sacrifices, elle a déjà fait des folies, elle me répond :
« C’est quoi, des folies ? »
− Have you ever done anything crazy ?
« Heu… »
Elle n’en trouve pas plus en anglais!
À défaut de faire des folies, ce qui lui est arrivé de plus fou, assurément, c’est l’appel de la reine Serena Williams lui demandant de jouer en double avec elle.
− Est-ce que Serena t’a dit pourquoi c’est toi qu’elle voulait ?
« Non. »
− Lui as-tu demandé ?
« Non, j’étais trop impressionnée. »
Ce que Victoria a pu constater en jouant avec Serena, c’est qu’elles pensent pareil toutes les deux. La même rage de gagner, le même désir de mettre beaucoup de pression sur l’adversaire. C’est cette attitude qui a mené la plus jeune des Williams à 23 titres du Grand Chelem. C’est cette attitude qui mènera la plus jeune des Mboko jusqu’à son rêve.

Victoria ne joue pas pour l’argent, disais-je, mais de l’argent, il en faut pour atteindre son niveau. Elle en est consciente. Dans les médias, si on souligne beaucoup les bourses des gagnantes, on souligne moins le coût de l’entraînement, du coaching, de l’équipement, des déplacements et des soins que doivent assumer chacune des joueuses du circuit. Sans compter les coûts invisibles : la pression mentale, l’instabilité de la carrière, les répercussions d’une blessure. Au-delà de tout ça, il y a la recherche d’équité entre les joueuses et les joueurs. C’est pour ça que Victoria est devenue ambassadrice de la Banque Nationale afin de mettre de l’avant ces priorités : « C’est important pour moi de prendre la parole pour revendiquer nos droits. Les gains obtenus par le tennis féminin vont faire avancer tous les sports féminins. Je suis heureuse d’avoir l’appui de la Banque Nationale dans cette démarche. Ce partenariat me permet de rejoindre et d’inspirer les jeunes filles qui rêvent de faire leur place dans notre sport. »
Ce ne sont pas que des mots. En 2027, les bourses versées aux hommes et aux femmes à l’Omnium Banque Nationale seront égales. Enfin la parité. Bravo!
Ce qui m’étonne le plus durant cette entrevue, c’est la bonne humeur de Victoria. Elle a beau être mise au rancart à cause d’un vilaine blessure et manquer les principaux rendez-vous importants de la saison, dont l’Omnium Banque Nationale, elle n’est pas affligée ni frustrée. Elle multiplie les efforts pour retrouver la forme et m’assure qu’elle reviendra meilleure que jamais. Le positivisme d’une championne!
Je la félicite de m’avoir, tout au long de l’entrevue, retourné la balle en français. Elle en est la première surprise. Bien que ses parents parlaient français au Congo, aujourd’hui, dans sa famille et dans son entourage, ça se passe en anglais. Mais quand Victoria décide de relever un défi, elle le relève! Je lui souhaite bonne chance pour la suite. Elle me dit au revoir et sa fenêtre se ferme sur mon écran.
Je lui dois maintenant deux moments inoubliables, sa victoire à Montréal en 2025 et cette rencontre sur Teams. Ce ne seront pas les derniers.












