Il y a 30 ans, peu de gens auraient pu imaginer que Tremblant deviendrait l’une des destinations de villégiature les plus reconnues en Amérique du Nord. Derrière le village coloré, les rues animées et les milliers de visiteurs qui s’y retrouvent chaque année se cache une vision ambitieuse portée par une équipe qui a osé voir grand.


Lorsque le Groupe Intrawest fait l’acquisition de la station au début des années 1990, le défi est immense. Les infrastructures sont vieillissantes, la montagne éprouve des difficultés financières et tout reste à bâtir. « Pour réussir à Tremblant, il fallait voir grand », résume Michael Coyle, qui faisait partie de l’équipe responsable du développement. L’objectif dépassait largement la création d’une simple station de ski. L’ambition était de bâtir une destination capable de rivaliser avec les plus grandes stations nord-américaines, comme Aspen, Vail ou Whistler.
Pour y parvenir, il fallait convaincre les investisseurs, les gouvernements et le public d’adhérer à une vision qui n’existait encore que sur papier. L’équipe présente alors un ambitieux projet de développement qui repose sur de nouvelles infrastructures, un village piétonnier et une expérience quatre saisons. « Nous ne voulions pas simplement développer une montagne de ski. L’objectif était de créer une destination complète où les visiteurs pourraient séjourner, se rassembler, profiter des activités, des commerces et des restaurants tout au long de l’année », explique David Greenfield, vice-président du développement de Tremblant pour Intrawest.


À l’époque, plusieurs petits chalets étaient dispersés sur le site. L’équipe a donc choisi de s’inspirer du meilleur de ces environnements pour créer un village cohérent, accessible à pied et animé en toutes saisons. « Le premier pas est toujours le plus difficile. Nous devions montrer aux gens ce que ce projet pouvait devenir à plus grande échelle », se rappelle David Greenfield.
Concrétiser cette ambition exigeait toutefois des moyens considérables et selon Michael Coyle, le contexte n’était alors pas idéal. Le Québec traversait une période d’incertitude politique et économique, tandis que les investissements requis dépassaient largement tout ce qui avait été réalisé auparavant dans la région. Le projet prévoyait notamment un vaste réseau d’enneigement, une télécabine chauffée et le Cabriolet. « Il y avait énormément de risques, mais tout le monde a mis l’épaule à la roue », se souvient-il. Cette collaboration entre les équipes de développement, les gouvernements, les partenaires financiers et la communauté locale a joué un rôle déterminant dans la réussite du projet.


La mobilisation collective demeure d’ailleurs l’un des éléments dont Gary Raymond, alors président-directeur général d’Intrawest Placemaking et membre du conseil d’administration d’Intrawest Corporation, est le plus fier aujourd’hui. « Nous avions une équipe exceptionnelle. Ce dont je suis le plus fier, ce sont les personnes avec qui j’ai travaillé et ce qu’elles ont accompli », affirmet- il. Trente ans plus tard, il estime que la plus grande réussite demeure la capacité de Tremblant à traverser le temps. « Quand on voit encore aujourd’hui la réaction des visiteurs, on réalise que quelque chose de spécial a été créé. »
Au fil du temps, Tremblant est devenu un véritable milieu de vie. Patty Xenos, qui a participé à la planification commerciale du village dès les premières phases du projet, estime que cette approche demeure l’un des principaux facteurs de son succès. « Le village est le coeur de Tremblant, peu importe la saison. Contrairement à plusieurs destinations où les visiteurs doivent constamment se déplacer, tout a été pensé pour être accessible facilement. Les activités, les restaurants, les boutiques et les hébergements se retrouvent au même endroit », explique-t-elle. Cette vision n’aurait toutefois pas pris forme sans les entrepreneurs qui ont choisi de s’y établir dès les premières années.


Sean O’Donnell, président de l’Hôtel Quintessence, a été témoin de cette transformation. Pour lui, l’essor de Tremblant repose d’abord sur une offre qui ne cesse de s’enrichir. L’hiver, les visiteurs profitent d’un des plus haut domaine skiable de l’est de l’Amérique du Nord. Dès le retour des beaux jours, la montagne laisse place au golf, au tennis, à la randonnée, aux terrasses animées et aux spectacles extérieurs. Le lac Tremblant, le Scandinave Spa Mont-Tremblant et le Vieux Village, où l’on retrouve notamment Lachance Ski Service, une référence en matière d’équipement de ski aujourd’hui dirigée par Samuel Charles St-Germain, complètent cette offre qui s’étend bien au-delà du coeur du resort.
La programmation contribue également à cette effervescence. La Coupe du monde féminine de ski alpin, le 24 heures de Tremblant, l’Ironman de même que le légendaire Circuit Mont-Tremblant, qui accueille des passionnés de voitures sportives venus de partout, permettent à la destination de demeurer animée en toute saison. Pour Patty Xenos, c’est cette diversité qui a permis à Tremblant de rejoindre un public beaucoup plus large au fil des années.


Pour comprendre cette évolution, il faut remonter au début des années 1990. Le Petit Caribou, premier bar à ouvrir ses portes sur la montagne, pave la voie à une nouvelle génération de commerçants. Dans son sillage, La Forge, Le Shack et La Savoie verront notamment le jour. Le développement se poursuivra avec l’arrivée d’établissements hôteliers comme le Fairmont, le Marriott, le Westin et le Quintessence, qui permettront d’élargir l’offre et d’attirer une clientèle en quête d’expériences plus haut de gamme. Pour Sean O’Donnell, le succès de Tremblant tient aussi à ses employés. « Les entrepreneurs prennent les risques, mais ce sont les employés qui font vivre l’expérience, qui créent les souvenirs et qui donnent envie aux gens de revenir », affirme-t-il.
Les nouveaux projets immobiliers, Comme Eclipse réalisé par Waddell Construction, Domaine du Lac Desmarais, ou Tremblant Living témoignent eux aussi de l’intérêt grandissant pour la destination. L’arrivée prochaine du Club Med viendra également renforcer le rayonnement international de Tremblant.


Pour Gary Raymond, l’une des plus grandes satisfactions est de constater que le projet a largement dépassé les rêves initiaux. Lorsqu’il a visité le site pour la première fois il y a plus de 30 ans, il n’aurait jamais imaginé l’ampleur qu’allait prendre le développement. « C’est devenu encore plus grand que ce que j’avais espéré, confie-t-il. Je me sens privilégié d’avoir pu participer à cette aventure et de voir ce qu’est devenu Tremblant aujourd’hui. »















