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La Bibliothèque de Drummondville:  Du soldat-agriculteur au citoyen du 21e siècle

Galdin

Du soldat-agriculteur au citoyen du 21e siècle

Issu d’un concours d’architecture, le projet de la Bibliothèque de Drummondville transpose en une composition architecturale étudiée une lecture historique, culturelle et poétique de certaines des caractéristiques spécifiques de la municipalité et de sa région. Dès sa fondation, il y a près de deux cents ans, par une garnison de soldats devenus agriculteurs, la rivière Saint-François s’impose comme un personnage principal du récit historique et culturel de la ville et de la région du Centre-du-Québec.

Traversée quelques années plus tard par le chemin de fer et exploitée par une série de barrages hydroélectriques, la rivière Saint-François permet à la ville de développer ses principales forces motrices économiques : l’industrie de l’acier et la turbine. Après un passage plus difficile, aujourd’hui tournée vers l’avenir grâce à des efforts de développement économique enviables, Drummondville accueille sa bibliothèque comme une synthèse de ces efforts ainsi qu’un centre d’activités névralgique en plein cœur du centre-ville.

Un espace civique à l’échelle du site

Dans le cadre de ce projet, les architectes ont cherché à travailler le site dans sa totalité afin de considérer le bâtiment de la bibliothèque de manière plus large, comme un équipement civique intégré dans un grand parc. L’objectif premier était de profiter de la venue du nouveau projet pour renverser la tendance de plus en plus marquée de ce site d’importance à devenir enclavé et à tourner le dos à la rue Lindsay, artère commerciale historique de la ville. Afin de proposer une réponse adéquate à cette problématique, un dialogue soutenu a été créé entre la bibliothèque et l’autre projet sur ce site, celui de la patinoire extérieure.

Le projet se positionne d’abord sur le site par rapport à la ligne électrique, de chaque côté de la servitude. Utilisant l’axe de la ligne électrique elle-même comme un miroir, le bâtiment de la bibliothèque s’implante à l’est de la ligne de la servitude, en lien avec la rue des Forges, alors que la patinoire et son bâtiment annexe se placent du côté ouest. Cette stratégie d’implantation crée ainsi l’impression d’un seul grand projet, lequel permet du même coup de rallier la rue Lindsay par une promenade linéaire longeant un jardin — le jardin des Voltigeurs — et un espace civique sur rue, dont l’occupation peut varier selon les saisons et la programmation.

Ainsi, en plaçant la majorité des stationnements au sud, le long des grandes surfaces, créant par la même occasion une barrière visuelle et acoustique, toutes les composantes du projet trouvent leur juste place sur le terrain. Au fil du temps, cette proposition d’organisation du site qui accompagne le projet de bibliothèque permettra d’enrichir graduellement la programmation en fonction des saisons et des diverses priorités de la municipalité en matière de développement sportif et culturel. Le site pourra vibrer au rythme des festivals, des camps de jours, des parties de hockey libres ou organisées ou encore d’un marché de Noël.

Mentionnons en dernier lieu que les architectes ont traité avec précaution l’ensemble de l’éclairage du site notamment par l’insertion d’une petite prairie lumineuse dans le jardin des Voltigeurs, par une série de points lumineux le long de la ligne électrique et de la promenade ainsi que par l’illumination de soffites sous les porte-à-faux de l’immeuble. Un véritable parc électrique, hommage en quelque sorte à l’une des composantes fondamentales de l’histoire de Drummondville : l’électricité.

Configuration de la bibliothèque

La configuration de la bibliothèque et des autres entités programmatiques distinctes, telles que la Société d’histoire de Drummondville et le Service des arts, de la culture et de l’immigration de la Ville, demeure non traditionnelle. Dès le départ, les architectes ont jugé qu’il était souhaitable d’entrer dans les lieux librement comme on entre dans un carrefour commercial ou dans une gare intermodale où l’on retrouve, au centre, un café dont les tables se dispersent selon certains points de vue attirants ou encore selon le degré d’intimité souhaitée.

En plus des entrées secondaires requises, deux entrées principales ont donc été aménagées, l’une donnant sur le stationnement et l’autre sur le parc du côté de la rue des Forges et atteignable par l’entremise de la promenade linéaire et du jardin des Voltigeurs. Le bâtiment peut ainsi rester opérationnel en dehors des heures d’ouverture de la bibliothèque en fermant l’entrée donnant sur la rue des Forges, en isolant l’escalier au nord ainsi qu’en fermant le service technique au sud. Cette stratégie permet de ne laisser dans l’espace central que le comptoir prêt-retour dont l’impact est minimisé par un traitement à la manière d’un comptoir d’hôtel et, par la même occasion, d’encourager l’utilisation des services de prêts-retours automatisés.

Cela permet de faire vivre la salle multifonctionnelle autant en soirée comme salle de spectacle que le jour comme salle polyvalente. Dotée de loges et d’une régie, la salle multifonctionnelle est pourvue d’une scène pouvant s’ouvrir sur la cour intérieure lorsque les rideaux sont rangés. La salle, placée au centre de la bibliothèque près de l’escalier principal, peut accueillir une centaine de personnes et est dotée d’équipements scénographiques et multimédias complets permettant la tenue de spectacles, formations, événements municipaux.

Au centre de l’espace, à l’intérieur d’une vaste double hauteur, se déploient les circulations verticales, dont le grand escalier composé de deux escaliers hélicoïdaux éclatés et décentrés permettant d’ouvrir de multiples points de vue sur la bibliothèque, les aires d’exposition ainsi que sur le jardin attenant au salon des actualités. Le grand palier intermédiaire de cet escalier occupe une double fonction. Il permet, d’une part, la mise en valeur des collections ou l’exposition de certains objets et, d’autre part, de faire une pause, voire même de changer de direction, ce qui renforce l’idée de libre circulation.

À l’étage, les deux jardins demeurent bien présents et définissent les deux zones principales de ce niveau, soit celle des romans et celle des documentaires pour adultes, cette dernière donnant également sur la terrasse située au sud. Entre ces deux zones du côté sud de la bibliothèque s’organisent la bibliothèque électronique ainsi que la zone des adolescents, toutes deux en relation directe avec le gradin. Ce dernier constitue à la fois un espace pour les familles qui fait le pont entre la zone jeunesse et la zone adulte par l’entremise de la zone adolescente et un espace privilégié offrant des vues sur la patinoire et les sports d’hiver ou encore, en été, sur une zone aménagée où s’installe une foule d’activités.

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Du laitier de fonte, acier bleu et bois – l’enveloppe du bâtiment

L’enveloppe du bâtiment a été travaillée à plusieurs niveaux en développant, dans un premier temps, un mur extérieur performant du point de vue du développement durable et approprié à une bibliothèque tout en lui assurant une certaine uniformité. Des panneaux de verre translucides recouvrent une enveloppe en acier inoxydable, avec des panneaux de verre céramifiés permettant de contrôler le gain solaire et des panneaux transparents offrent des vues ciblées sur le site et permettent d’éclairer naturellement les espaces de travail, de détente et de lecture.

Dans un deuxième temps, une spécificité unique a été donnée à l’enveloppe en cristallisant dans son épaisseur une lecture matérielle de certaines caractéristiques de Drummondville. Ainsi est venue l’idée de s’inspirer du laitier de fonte, résidu aux teintes bleutées des premières industries lourdes de Drummondville et dont de très grandes quantités ont été produites et auront probablement servi à la construction des fondations de plusieurs rues. La dimension laiteuse de ce sous-produit de l’industrie peut aussi être associée à la blancheur de la glace. L’utilisation, à certains endroits dans l’enveloppe, de l’acier inox perforé permet d’offrir en filigrane, derrière un verre céramifié ou translucide, un halo bleuté rappelant ce laitier de fonte. Associée à la texture du bois travaillé du grand escalier et du plancher de bois du deuxième niveau, la nuance bleutée donne à l’enveloppe son aspect unique.

La dimension environnementale

La vision de développement durable de la Bibliothèque de Drummondville demeure, encore à ce jour, prospective et évolutive. Le savoir technique actuel permet de simplifier les réponses aux impératifs immédiats de coûts autant que d’accroître le confort du lieu. Le concept électromécanique de base repose sur la flexibilité des équipements initiaux afin de s’adapter à l’évolution des connaissances et des technologies. D’ici là, un système d’échange thermique entre la patinoire et la bibliothèque permet d’optimiser les ressources financières, énergétiques et environnementales de la collectivité.

Ces deux usages complémentaires qui requièrent des besoins opposés de chaud et de froid permettent un transfert d’énergie en boucle durant près de six mois, réduisant l’ampleur des systèmes et des demandes énergétiques. Sans compromettre l’amélioration des performances dans l’avenir, les capacités techniques d’aujourd’hui exploitent l’intégration des ressources collectives pour assurer un développement exemplaire et durable des ressources financières et environnementales du projet de la Bibliothèque de Drummondville.

Prix/Grand Prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec 2019

À propos de Chevalier Morales

Fondée en 2005 par Stephan Chevalier et Sergio Morales, l’agence Chevalier Morales propose une architecture contemporaine sensible et responsable à de multiples niveaux. Leur lecture sans cesse renouvelée du contexte, entendu dans son sens large, donne naissance à des projets qui prennent racine dans leur territoire culturel.

La firme s’est notamment illustrée en remportant plusieurs concours d’architecture de projets institutionnels et culturels comme la bibliothèque Saul-Bellow (Lachine, 2014), la Maison de la littérature (Québec, 2017), la bibliothèque de Drummondville (Drummondville, 2017), la bibliothèque de Pierrefonds (Montréal, 2019) et récemment l’Agora des Arts à Rouyn-Noranda. Elle développe également des projets résidentiels remarqués tels que la Résidence Roy-Lawrence (2014) et la Résidence de la Vallée du Parc (2017).

Au cours des dernières années, la qualité du travail de Chevalier Morales a été récompensée par de nombreuses distinctions alors que la firme est lauréate en 2018 du Prix du cabinet d’architectes de la relève décerné par l’Institut royal d’architecture du Canada (IRAC) ainsi que d’une prestigieuse Médaille du Gouverneur général pour la Maison de la littérature. L’agence a également reçu plusieurs Prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec (OAQ) ainsi que son prestigieux Grand prix d’excellence en 2017 (Maison de la littérature) et en 2019 (Bibliothèque de Drummondville).


Chevalier Morales
Adrien Williams
Crédits photos : Adrien Williams et Chevalier Morales

Source : V2Com

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