Dr Weiss lab photo copie (Custom)

Karl Weiss : Quête de savoir

On connaît le Dr Karl Weiss pour ses interventions précises et documentées sur la COVID-19, et diffusées à la télé ou à la radio. Ce que l’on sait moins, toutefois, c’est que ce passionné d’histoire sait prendre le temps de se ressourcer en appliquant l’immuable principe de juvénal : un esprit sain dans un corps sain.

Né en France d’un père tchécoslovaque, Karl Weiss a d’abord quitté la France très jeune avec ses parents pour aller habiter au Maroc. Arrivé au Québec avec sa famille à l’âge de 17 ans, il a fait ses études en médecine et sa spécialisation en microbiologie et maladies infectieuses à l’Université de Montréal, en plus d’effectuer une surspécialisation en épidémiologie clinique. Son parcours l’a d’abord conduit à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, puis à l’Hôpital général juif à titre de chef de la Division des maladies infectieuses. « Je suis un clinicien avant tout. Je suis allé en médecine pour voir des patients. Chaque patient est unique et chaque condition est unique. Il faut utiliser un ensemble de connaissances pour établir un diagnostic et éventuellement un traitement. Avec les années et l’expérience, j’ai découvert que la médecine n’est pas une science, mais un art qui combine les sciences et auquel s’ajoute le facteur humain. »

Des membres de la Division des maladies infectieuses de l’Hôpital général juif posent sur les marches de l’entrée.
Kérastase
Lambert
Le Dr Karl Weiss dans les escaliers de la BAnQ à Montréal.

« Les infections sont les clés de beaucoup de choses, note le Dr Weiss. Nous avons tendance à oublier l’impact de l’infiniment petit sur la traversée des siècles, et à quel point les virus et les bactéries sont de puissants accélérateurs de notre évolution. Dans les années 1970, avec l’invention de nouveaux antibiotiques, nous disions que les maladies infectieuses seraient vaincues. L’arrivée du SIDA dans les années 1980 a changé la donne. Depuis mon entrée en médecine, regardez ce qui est arrivé : la résistance aux antibiotiques, le virus du Nil occidental, la maladie de la vache folle, le H1N1, le virus Zika, la dengue… La liste est longue et maintenant, il y a la COVID-19. C’est la maladie infectieuse qui définira notre siècle comme la Première Guerre mondiale a défini le XXe siècle. En 1914, les gens se promenaient à cheval, mais en 1918, l’avion et les camions étaient là. Cette guerre a amené la motorisation du monde. De la même façon, dans une analyse future du XXIe siècle, on parlera d’un avant et d’un après COVID-19. Cette pandémie a entraîné des changements majeurs, a fait naître le télétravail. Elle va possiblement changer l’aspect architectural des villes, puisque les gens sont maintenant prêts à habiter plus loin. Les Teams et les Zoom de ce monde ont révolutionné la façon de travailler. La télémédecine est en train de grandir. Il est clair qu’il y aura un impact. Il est impossible qu’il n’y ait pas de répercussions avec une pandémie de cette ampleur. Pensez simplement à toute une génération de bébés qui n’ont pas la même façon de découvrir les visages, puisqu’ils voient plusieurs personnes avec des masques. » Les propos du Dr Karl Weiss, qui mêlent habilement médecine et perspectives historiques, nous révèlent son incessante soif de savoir et sa grande passion pour l’histoire. Son ton posé devient soudainement plus vif lorsqu’il explique comment l’armée d’Alexandre le Grand, décimée par la malaria, a dû s’arrêter aux portes de l’Inde, freinant du même coup la progression de la civilisation méditerranéenne en Asie; ou lorsqu’il parle des nombreuses conséquences de la peste noire, qui a annihilé un tiers de la population européenne au Moyen-Âge.

« Je n’ai pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil », précise celui qui semble être de toutes les batailles, de tous les points de presse depuis le début de la pandémie. Pour conserver son sang-froid et un certain équilibre au coeur de la tourmente, ce lève-tôt a su concocter sa propre médecine. Il lit la presse internationale – aussi bien l’américaine que la britannique et la française – aux premières heures du jour pour s’informer de ce qui se passe sur la planète, et il s’endort chaque soir au rythme de ses lectures. « Je ne peux pas me coucher si je ne lis pas. Il faut que les 15 dernières minutes de la journée soient consacrées à une lecture qui n’a rien à voir avec la médecine. » Risque de conflit entre la Chine et Taiwan, révolution architecturale en Italie, technologie navale ou aérienne ou une recette de cuisine. Tout y passe…

L’activité physique n’a pas de secrets pour le Dr Weiss, qui aime se ressourcer dans la nature.
Chandon
Équipe Vienneau Larivée
IMG_3996 5 copie (Custom)
Se retrouver dans la cour des Invalides, à Paris, un moment précieux pour ce fervent d’histoire.

« J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports dans ma vie et je continue à en faire quand je peux. » Ne soyez pas surpris de croiser le Dr Weiss sur la rue, à la piscine ou grimpant les escaliers de l’hôpital. « Je ne prends jamais l’ascenseur; j’emprunte toujours les escaliers même s’il faut monter dix étages. Tout ce que je peux faire comme activité physique, je le fais. Je marche, je fais de la raquette, je nage. Je garde mon jardin secret, ce qui me permet de continuer. La détente absolue, c’est d’être en plein air avec ma famille, ma femme et mes trois filles, qui m’apportent mon équilibre. C’est faire de la raquette au milieu de nulle part et loin du travail. C’est pouvoir décrocher de la routine de tous les jours. C’est là que l’on peut être reconnaissant à la vie. »

À la culture de l’esprit et du corps, il ajoute un autre ingrédient essentiel : l’optimisme. « Je me dis qu’on arrivera toujours à se sortir d’une situation difficile, et j’essaie de transmettre cet optimisme à la population québécoise. D’ailleurs, on voit qu’il y a des endroits dans le monde qui sont revenus à des vies plus normales », ajoute-t-il, tout en mentionnant que oui, la COVID est là pour rester. « Je ne tiens jamais rien pour acquis. La santé est la chose la plus importante. Comme je suis en médecine, j’ai appris à tout relativiser. » Et si nous suivions son exemple?

jghfoundation.org/centre-of-excellence-in-infectious-diseases/

IMG_1841 2 copie (Custom)
Le soccer est un sport que Karl Weiss a pratiqué toute sa vie. Adulte, il a fait partie de l’équipe Intermed, de professionnels de la santé québécois, qui a participé à des tournois en Europe. Ici, souvenir d’un match disputé à Miami entre le Real Madrid et Manchester United et auquel il a assisté.
Partagez cet article

Vous aimerez aussi

Alexandre Da Costa : Électron libre
Alexandre Da Costa : Électron libre
Benoît et Sylvain Bouchard | Carpette Multi Design
Benoît et Sylvain Bouchard | Carpette Multi Design
Serge Gendron : Toujours de l’audace
Serge Gendron : Toujours de l'audace
Hologramme : Seul et heureux
Hologramme : Seul et heureux
Fondation Hopital Général Juif
Kérastase