À 85 ans, à un âge où il est plus courant de tracer le bilan de sa vie que d’amorcer des projets, Joe Panzera fait une étonnante confidence : « Je n’ai pas encore assez appris et j’ai encore beaucoup à accomplir sur le plan professionnel. J’ai toujours de nombreux objectifs pour Ciot, et ma passion et mon expertise peuvent contribuer à nous en rapprocher. » On mesure pleinement l’impact de cette philosophie quand on regarde l’évolution de l’entreprise depuis qu’il en a pris la direction en 1967. Simple client à l’époque, il s’y procurait des marches en terrazzo en tant que propriétaire d’une firme d’installation de matériaux de recouvrement.

SORTIR DES SENTIERS BATTUS
Sous sa gouverne, Ciot est devenu un joueur de premier plan dans la pierre naturelle, les carreaux et le design de luxe. Avant-gardiste et audacieux, il a introduit des matériaux tels que du marbre, du quartz, des mosaïques, du bois ainsi que des accessoires haut de gamme, le tout autour de deux axes : beauté et durabilité.
« Jadis, rappelle-t-il, l’accès à des produits spécialisés était très limité. Le principal revêtement de sol était le terrazzo, pour lequel Ciot était déjà reconnue. Toutefois, très peu de produits tels que des carreaux de céramique ou de la pierre naturelle étaient offerts au Québec. Par conséquent, en 1968, nous avons été parmi les premiers à en importer pour les salles de bain et les planchers de cuisine. » Côté affaires, cette décision a permis de démarquer Ciot et de la propulser, en plus de fidéliser une vaste clientèle surtout composée d’immigrants européens, qui connaissaient déjà ces matériaux.
Une autre initiative déterminante de Joe Panzera a été de faire de Ciot un guichet unique pour l’embellissement intérieur, par exemple avec l’ajout d’accessoires de plomberie. « Ainsi, je souhaitais offrir tout ce qui pouvait s’avérer nécessaire aux projets résidentiels. Cependant, j’ai pris le temps de bien intégrer ces nouvelles catégories et de m’assurer que nous pouvions conseiller au mieux la clientèle en vertu de connaissances approfondies pour chaque produit. »
PASSION CONTAGIEUSE
À cette quête de l’excellence s’ajoute une valeur essentielle pour Joe Panzera : la passion. Il aime d’ailleurs la reconnaître chez ses collaborateurs et employés, dont bon nombre font partie de Ciot depuis plusieurs décennies. Kristina Panzera (fille de Joe et vice-présidente marketing) confirme l’existence de ce dénominateur commun. « Nos collaborateurs ont à coeur le succès de Ciot. Ce n’est toutefois pas un travail pour eux, car, à sa manière, mon père a transmis sa propre passion à nos partenaires et à nos fournisseurs. Par conséquent, ils sentent qu’ils font partie de notre famille. »
« Il faut être passionné par notre travail, ajoute le dirigeant. Tout ce que je fais, c’est avec passion, que ce soit cuisiner ou oeuvrer au bureau. C’est ce qui m’incite encore à entreprendre autant de choses à mon âge. Quand je m’engage dans un projet, je m’y investis à fond. Je crois que cette passion a fortement contribué à ma réussite. J’adore mon travail et j’ai hâte de me lever chaque matin pour m’y rendre! » Sa conjointe Margaret (vice-présidente de Ciot et fille du fondateur, Giovanni Battista Ciot) signale au passage que la passion de son époux envers la pierre naturelle l’incite encore à visiter les carrières à des fins de recherche. « C’est là que tout a commencé, dit-il. Voir la matière première dans la carrière et imaginer son rendu dans un espace fini, c’est un don que j’ai développé, mais aussi un don inné. Rien n’est plus gratifiant que de me retrouver au coeur de ces montagnes majestueuses, puis d’examiner la matière façonnée par la nature pendant des millions d’années. »
Épisode révélateur : pour bien servir un client souhaitant doter de marbre sa maison de 2 300 mètres carrés, Joe Panzera s’est rendu avec lui à Carrare, en Italie, afin de grimper dans les montagnes, puis d’y choisir la pierre naturelle.


UN FLAIR INFAILLIBLE
À l’ère où bien des gens d’affaires aiment partager la recette de leur succès sur diverses tribunes, Joe Panzera, lui, joue la carte de la modestie, avouant qu’une partie de sa réussite est attribuable… à la chance! « Je suis entrepreneur dans l’âme et ma vision est guidée par mon instinct. De plus, je peux compter sur une équipe qui m’accompagne sur le terrain et participe à des salons professionnels pour saisir les tendances du marché. Je suis aussi prêt à prendre des risques et à tester des produits innovants. »
Au fil du temps, cet attrait pour l’innovation s’est manifesté sous diverses formes. Par exemple, fraîchement arrivé à la tête de Ciot, Joe Panzera a mis sur pied l’un des ateliers de fabrication les plus modernes à Montréal. Il l’a doté des équipements les plus performants de l’époque, en plus d’y regrouper des opérateurs et des installateurs expérimentés et reconnus.
La marque pouvait dès lors proposer des solutions clés en main, ce qui lui permettait de maîtriser la qualité, de l’approvisionnement en matériaux jusqu’au produit final déployé. L’approche est encore privilégiée, 75 ans après la naissance de l’entreprise.
CHÉRIR SA BONNE RÉPUTATION
Autre atout majeur : les relations étroites avec les fournisseurs. « Une telle collaboration étroite nous permet de garantir que leurs matériaux répondent à nos exigences. Lorsque les clients recherchent une expertise reconnue, ils font appel à Ciot en raison de notre excellente réputation en matière de connaissance des produits. » Cette estime, tant du milieu que du grand public, résulte aussi de certaines décisions stratégiques. « Nous acceptons parfois des contrats peu payants, mais qui nous procurent une belle vitrine et démontrent notre savoir-faire. »
Invité en conclusion à commenter l’impressionnante pérennité de Ciot, Joe Panzera prouve une fois de plus que son esprit entrepreneurial ne se repose jamais. « Lorsque je prends le temps d’y réfléchir, je suis fier de cette réalisation, confie-t-il. Constituer l’une des plus grandes entreprises canadiennes de notre industrie me donne une grande satisfaction et un sentiment d’accomplissement. Toutefois, au quotidien, je ne vois que ce qui doit être amélioré et je rencontre sans cesse mes gestionnaires dans le but d’obtenir de meilleurs résultats. De toute façon, je préfère souvent venir au bureau plutôt que d’aller jouer au golf. »
Photo de couverture : Joe Panzera, directeur général de Ciot.










