Da Costa Playing 2 2022 copie

Alexandre Da Costa : Électron libre

La musique ne pouvait trouver d’ambassadeur plus éloquent qu’Alexandre Da Costa. Libre penseur, le violoniste et chef d’orchestre de réputation internationale sait servir son art avec talent, ferveur et audace.

Alexandre Da Costa n’a rien de l’introverti. Le violoniste flamboyant et stellaire utilise toute sa verve pour parler de la musique qui l’habite, de ses projets et de ses ambitions. Il traîne avec lui un précieux bagage fait d’années d’apprentissage, de savoir et d’expériences qui lui sert aujourd’hui en tant que chef de l’Orchestre symphonique de Longueuil et comme directeur artistique du Festival Stradivaria. Celui qui nous a séduit dès ses premiers pas sur une scène par son talent et sa fougue, et qui a parcouru le monde un archet à la main, a choisi de poser ses valises, du moins pour quelque temps, pour mieux partager sa vision musicale. « Je prône la liberté artistique. Je tente de désacraliser la musique classique et j’espère pouvoir injecter un peu de flexibilité dans la mentalité des gens qui tiennent entre leurs deux mains bien serrées l’industrie de la musique classique. Avant même d’intégrer les deux institutions artistiques que je dirige, j’ai averti que ce serait difficile de me contrôler. »

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Si la pandémie a freiné certains de ses desseins pendant deux ans, elle lui a toutefois permis de réfléchir à l’importance de la culture dans notre société, de confirmer certaines de ses intuitions et de mieux définir ses priorités. « Cette pandémie a été une catastrophe culturelle, souligne-t-il. Les artistes ont dû se réinventer, ce qui est un peu redondant puisque les artistes se réinventent depuis des millénaires. Il faut changer les mentalités et la perception des arts, de même que ce discours qui affirme que l’art est fait pour divertir, que l’art n’est pas essentiel. » Pour Alexandre Da Costa, la musique est un outil complémentaire qui aide à faire face aux difficultés de la vie. Il a pu lui-même constater ses bienfaits lors de concerts donnés alors que l’isolement était de rigueur. « Nous avons vu son effet thérapeutique sur les gens qui ont des problèmes physiques et mentaux. Ce n’est pas quelque chose de frivole. »

Réfléchir autrement semble tout à fait naturel pour Alexandre Da Costa, qui, bien avant la mise en quarantaine planétaire, tentait de partager une vision plus inclusive de la culture et surtout de la musique. « Il y a trois ans, lorsque je présentais ma vision d’une démocratisation de la musique classique, d’une proximité accrue avec le public, de la facilité d’accès à un environnement jovial et sans prétention, mon message passait plus ou moins bien. Cette approche est aujourd’hui admise beaucoup plus facilement. La musique classique a dû prendre un virage. La dissociation de l’industrie du reste de la planète ne peut plus vraiment opérer. II faut penser autrement. » Les concerts diffusés sur les médias sociaux ont permis une certaine démocratisation de la musique classique et de faciliter sa propagation sans pourtant remplacer la performance devant public et la communion avec le spectateur, soutient le chef d’orchestre. S’il salue les efforts des gouvernements et des institutions dans la transition vers le numérique, il demeure un fervent défenseur des représentations en présentiel et considère leur apport irremplaçable. « Assister à un concert en personne est plus puissant que de le voir sur un écran. Il n’y a pas un concert virtuel qui arrive à traduire la réalité de la scène. »

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Alexandre Da Costa avait vu juste. Les chamboulements des dernières années ont confirmé ses intuitions concernant aussi bien la nécessité de démocratiser la musique classique que l’importance de rendre plus accessibles les concerts en direct. Toutefois, il compte aussi sur d’autres moyens pour populariser son art et faire entendre sa voix maintenant qu’il est à la tête de deux entités musicales. « En tant que violoniste soliste, j’ai souvent senti dans ma carrière que j’étais traité en outil. On voulait que je joue bien, vite, en virtuose, mais on n’était pas nécessairement intéressé à me donner une voix artistique propre. Un chef va passer une semaine avec l’orchestre avant le concert, échanger, discuter avec les musiciens. Le processus est long et intense. C‘est ce qui me manquait en tant que violoniste soliste. Je veux faire de la musique avec un apport créatif, être quelqu’un qui apporte une expérience, qui programme des choses différentes de manière différente. » Bien qu’ayant une formation classique, Alexandre Da Costa considère qu’il n’y a que deux types de musique : la bonne et la mauvaise. Il n’hésite pas à revisiter les oeuvres des grands compositeurs et à mixer jazz, rock et Mozart. « La musique est beaucoup plus large qu’on peut le penser. Je crois qu’un compositeur comme Tchaïkovski n’a pas créé ses symphonies ou ses concertos en ayant en tête qu’une seule manière de les jouer. Tout est négociable. Et puis, la technique des musiciens a beaucoup évolué, les salles sont plus grandes comparativement aux années passées. Tout a changé ! La saison de mon Festival Stradivaria reflète très fidèlement qui je suis. Sur quinze concerts, la moitié sont de la musique classique et la moitié sont des collaborations. Cet été, on pourra entendre Isabelle Boulay et du Beethoven. On peut être un fan de musique et apprécier les deux types de concerts. »

Alexandre Da Costa a maintenant la chance de programmer la musique qu’il veut écouter, de diriger les oeuvres qui lui tiennent à coeur tout en poursuivant sa carrière de soliste. La planète enfin déconfinée, il a bien l’intention de voyager à nouveau pour se ressourcer et mieux servir à la fois l’Orchestre symphonique de Longueuil et le Festival Stradivaria, qui lui ont fait confiance. « Plus les concerts seront appréciés, mieux ce sera. Ma mission est d’aider les bonnes idées à surgir et la musique à résonner. »

alexandredacosta.com, osdl.ca et festivalstradivaria.ca

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