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La nouvelle vie de David McMillan

Galdin

Titre original: David McMillan : Viking au cœur tendre

On a longtemps qualifié le chef propriétaire du restaurant Joe Beef, David McMillan, de « Viking », en raison de ses excès de nourriture et d’alcool. Mais depuis 2018, année où il a décidé de reprendre sa vie en main et de régler définitivement son problème d’alcoolisme, les choses ont bien changé pour le restaurateur étoile… À l’aube de ses 50 ans, on a rencontré le chef le plus populaire du québec pour faire le point sur sa « nouvelle vie ».

Chef McMillan, qu’est-ce qui a motivé votre changement de cap en 2018 ?
J’ai perdu plusieurs collègues au fil des années. J’ai vu de très bons cuisiniers, bien organisés, tout perdre à cause de la toxicomanie, du jeu ou de l’alcool. Moi, j’avais cinq restaurants, un chalet dans le Nord, une grosse cave à vin, mon auto de rêve, des immeubles, de l’argent, trois beaux enfants, mais j’étais misérable, tout le temps en « lendemain de veille » et anxieux à cause de mon alcoolisme. À l’âge que j’ai, il était important pour moi d’être perçu comme quelqu’un d’intègre avec des principes, d’être un bon père, un bon employeur, un bon mentor. Mais je n’arrivais pas à devenir l’homme que je voulais être à travers ma consommation excessive de vin. Alors j’ai tout arrêté !

Aujourd’hui, après deux ans de sobriété, êtes-vous devenu cet homme que vous souhaitiez être ?
Pas encore; on n’est jamais parfait, mais j’aime beaucoup la personne que je deviens. À l’approche de mes 50 ans, j’aime avoir une certaine paix, être libéré du stress, des maux de tête… Bref, je découvre la sérénité.

Concrètement, qu’est-ce que la sobriété a changé dans votre vie personnelle et professionnelle ?
Quand on boit, on est soit très content, soit très triste, soit très fâché. Mais grâce à la thérapie et au travail sur moi, j’apprends à être plus tempéré, plus stable. Je gère mon anxiété, je travaille mieux avec les gens, je suis plus paternel avec mes enfants, plus bienveillant avec mes employés. Être alcoolique, c’est être imbu de soi : qu’est-ce que je vais manger, qu’est-ce que je vais boire, qu’est-ce que je fais ce soir. C’était moi, moi, moi… Quand on sort de ce cercle vicieux, on peut enfin admirer le paysage, se tourner vers les autres et être une meilleure personne. Je suis beaucoup moins matérialiste, aussi. Je me rends compte que j’ai besoin de très peu : un verre de limonade, une bonne soupe et une bonne conversation me suffisent.

    Roche Bobois

Désormais guéri de votre dépendance, vous souhaitez maintenant aider vos pairs. Pourquoi la santé mentale de votre équipe est-elle si importante pour vous ?
On se rendait compte qu’on mettait des gens à la porte parce qu’ils avaient des problèmes d’alcool, mais c’est ridicule. On ne met pas quelqu’un à la porte parce qu’il a le cancer ou des problèmes financiers. Les statistiques disent que 30 % de la population risque d’avoir des comportements excessifs à un moment ou à un autre de leur vie. Le chiffre est encore plus élevé en restauration parce qu’on gère une population de « pirates », de gens de la nuit. Ainsi, le 30 % est plus près du 50 % en restauration. Moi, j’ai 140 employés sous ma responsabilité; ça fait donc beaucoup de dépendance à gérer !

Parlez-nous de la communauté que vous avez créée ?
On a créé un OSBL qui s’appelle « Remise en Place » (@remiseenplace sur Instagram) et qui s’adresse à tous les gens de la restauration. On a deux rendez-vous par semaine, un en anglais et un en français. C’est comme une réunion des AA, mais ce n’est pas lié. On donne de l’aide, des options, on discute. S’il y a des gens qui ont des problèmes d’excessivité, on peut trouver des ressources pour les envoyer consulter des professionnels. Bref, nous voulons simplement être là pour eux plutôt que de les mettre à la porte et de s’en laver les mains. Avant, j’avais un langage un peu « raide », je démontrais peu d’affection, j’étais direct et je ne parlais pas doucement aux gens. Aujourd’hui, c’est différent, je suis beaucoup plus ouvert. Quand je vois quelqu’un qui souffre, je n’ai aucun problème à le tenir dans mes bras. Des fois, ça prend juste ça pour réveiller les gens.

Finalement, avez-vous de nouveaux projets en branle ?
Non ! Les deux dernières années m’ont appris que j’en avais assez comme ça. Je ne donne pratiquement plus d’entrevues, je n’écris plus de livres, je n’ouvre plus de nouveaux restaurants, je suis prêt à faire moins de bruit sur la scène culinaire. J’ai eu 15 belles années avec beaucoup de couverture médiatique et beaucoup de succès dans mes différents projets, mais là, je veux me retirer progressivement.


Ses cinq restaurants : Joe Beef, Liverpool House, Vin Papillon, Mon Lapin et McKiernan
joebeef.ca

David McMillan : Viking au cœur tendre- e-mag

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