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Château d’Yquem, le souverain vin de Sauternes

Château d’Yquem, Saint-Émilion
Roche Bobois

Titre original : Château d’Yquem

PEU DE PRODUCTEURS DE VINS PEUVENT SE TARGUER D’AVOIR SÉDUIT À LA FOIS LES PRÉSIDENTS THOMAS JEFFERSON ET GEORGE WASHINGTON, D’AVOIR EU L’OCCASION D’ÊTRE DÉGUSTÉS EN ORBITE PAR UN COSMONAUTE FRANÇAIS ET D’AVOIR ÉTÉ L’UNE DES PREMIÈRES MARQUES OCCIDENTALES À AVOIR ÉTÉ INTRODUITES AU JAPON PAR L’EMPEREUR MEIJI, SÉDUIT PAR SON CARACTÈRE UNIQUE.

Considéré par plusieurs comme étant le plus grand vin liquoreux au monde, le Château d’Yquem perpétue sans compromis son savoir-faire depuis plus de 400 ans. La tradition se marie aujourd’hui à un ardent désir de continuité et d’innovation.

Issu d’une riche histoire où se tissent en filigrane les ambitions des rois de France et d’Angleterre, le Château d’Yquem peut s’enorgueillir d’être intimement lié à l’histoire fascinante du royaume de France et à sa longue tradition viticole. À bien des égards, les vins de sauternes sont pour les connaisseurs une liqueur emblématique de la France. Et pourtant, ce domaine qui produit maintenant le seul vin de sauternes jouissant de l’appellation premier cru supérieur, aurait facilement pu être associé à la couronne d’Angleterre si les jeux politiques des 14e et 15e siècles avaient connu un dénouement différent et si l’Aquitaine était restée l’apanage des rois anglais.

À cette époque reculée, le Château d’Yquem que nous connaissons aujourd’hui n’était encore qu’une promesse en devenir, mais le terreau fertile de la région bordelaise et le savoir-faire centenaire des artisans de ces régions de l’Ouest de la France étaient, à bien des égards, le fondement de ce qu’allait devenir le domaine viticole.

La fondation du domaine remonte à 1593, alors que Jacques Sauvage, un notable de la région, devient tenancier du fief d’Yquem. C’est dans les années qui suivent que la famille Sauvage débute la construction du château et la constitution des parcelles de terre qui deviendront l’actuel vignoble que nous connaissons. À cette époque, la famille Sauvage n’est pas encore, à proprement parler, propriétaire du domaine. Il faut attendre plus de cent ans avant qu’en 1711, Léon de Sauvage d’Yquem, un descendant direct de Jacques Sauvage, se voit anobli par le roi Louis XIV, qui, pour soutenir l’armée dans la guerre de succession d’Espagne, offre aux notables de France l’anoblissement en échange de rachat de terres (permettant ainsi de financer les campagnes militaires qui ont mis à mal les finances publiques). C’est réellement à partir de ce moment charnière de l’histoire que le domaine prend vraiment son envol. La qualité de la production du château ne fera que s’améliorer de génération en génération.

Cependant, le produit que nous connaissons aujourd’hui est le fruit d’un travail acharné de Françoise Joséphine de Sauvage d’Yquem, l’arrière-petite-fille de Léon de Sauvage d’Yquem. En 1788, la dernière descendante de la famille Sauvage devient prématurément veuve. Elle reprend alors le contrôle de la gestion du domaine à l’aube de la Révolution française.

Dès lors s’engage un furieux combat contre les abus de la révolution auprès des nobles familles. Elle fait même deux séjours en prison. Luttant contre vents et marées, elle réussit tout de même à prouver le rachat de la propriété par son arrière-grand-père et, une fois les remous calmés, elle peut reprendre en main le domaine afin de le faire croître et de lui donner le prestige qui auréole encore aujourd’hui cette grande maison. C’est à la mort de Françoise Joséphine que son petit-fils, Romain Bertrand de Lur-Saluces, reprend le contrôle du domaine familial. C’est sous sa gouverne que l’appellation premier cru supérieur est attribuée à la maison d’Yquem (1855). C’est en quelque sorte la consécration pour la famille, qui, à partir de ce moment, sera auréolée de gloire et célébrée par les plus grands connaisseurs.

    Ofelia

Outre le grand talent et la passion des gens qui ont pris soin de produire des vins d’une qualité exceptionnelle, certains facteurs extérieurs ont aussi contribué à l’avènement de ce divin nectar. En effet, le vin liquoreux d’Yquem jouit de la présence d’un champignon considéré comme une nuisance pour la forte majorité des vignerons. Il s’agit de Botrytis cinerea, un champignon capable de gâcher des récoltes entières. Cependant, vu les conditions climatiques particulières de la région, ce parasite est en fait une bénédiction car grâce à sa présence, les propriétés aromatiques du raisin s’en trouvent bonifiées. D’ailleurs, ce champignon est couramment appelé « pourriture noble »; si noble que lorsque vient le temps des vendanges, les grappes sont triées une à une à la main afin de ne conserver que les grains sur lesquels est présent Botrytis cinerea. C’est ce parasite qui confère au vin ce côté sucré et acide qui a fait la réputation des vins d’Yquem.

Cette « chance » d’avoir le climat idéal permettant à la pourriture noble de bonifier les raisins servant à l’élaboration des vins d’Yquem ne serait rien sans le savoir-faire des vignerons de la famille. Depuis l’époque de la famille Sauvage jusqu’à celle des Lur-Saluces, ce savoir s’est transmis puis bonifié au cours des âges. Jamais viticulteur ne fut aussi intransigeant sur la qualité de son vin que Bertrand de Lur-Saluces. Il écartait sans ménagement les récoltes qu’il estimait trop médiocres. Ainsi, certaines années, le château n’a pas produit de millésime. Les conséquences financières de ces années de non-production ne sont pas négligeables, mais l’importance de préserver la qualité exceptionnelle des vins et la crédibilité du domaine l’ont toujours emporté sur l’aspect pécunier.

Cette vision à long terme, qui a permis à la marque de s’établir comme un produit hors du commun et de très grand luxe est encore aujourd’hui perpétuée par Pierre Lurton – dirigeant de la marque – ainsi que par Sandrine Garbay – maître de chai –, qui n’hésitent pas à prendre des décisions difficiles afin de garder la production à un niveau toujours supérieur. Pour eux, le compromis n’est pas une option, comme ce fut le cas de leurs prédécesseurs, qui ont su faire de ce domaine un joyau parmi les plus grandes maisons viticoles. C’est sans doute cette intransigeance qui fait qu’aujourd’hui encore, Yquem est synonyme de luxe. Reste maintenant à découvrir vers quels nouveaux sommets le Château d’Yquem saura convier l’amateur de sauternes.


yquem.fr

Château d’Yquem – e-mag

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